top of page

L'ortie, qui ne manque ni de piquant, ni d'usages !


Grande ortie - Urtica dioïca
Grande ortie - Urtica dioïca

Voici une de mes plantes favorites. On la retrouve partout, elle est connues de tous mais pas souvent appréciée à sa juste valeur. Et pourtant l'ortie accompagne les humains depuis leurs débuts, leur offrant de quoi se nourrir, se soigner, se vêtir, mais ce n'est pas tout. Présente toute l'année, même en hivers, vous pouvez profiter de cette panacée à tout moment ! Je propose donc de découvrir cette plante mal aimée aux milles usages !

 

La reconnaître et l'observer

Pour commencer nous avons en France deux espèces d'ortie, la première nommée Ortie dioïque ou grande ortie (Urtica dioïca) est la plus répandue. C'est une plante vivace de la famille de urticacées. Mais que veut dire dioïque ? Cette espèce d'ortie possède des fleurs d'un seul sexe qui sont portées sur des pieds différents. Il y a donc des pieds d'ortie mâle avec des inflorescences dressées de fleurs ne portant que des étamines, et des pieds d'ortie femelle à inflorescence pendantes portant quand à elles des fleurs uniquement munies d'un pistil. Cette espèce d'ortie est une plante vivace herbacée pouvant monter jusqu'à 2m de haut et qui colonise efficacement les espaces qu'elle habite grâce à ses rhizomes.

Observons d'un peu plus près sans se piquer notre ortie. Tout d'abord les feuilles sont lancéolées, au moins une fois et demi plus longues que larges, au limbe denté, de couleur vert sombre tirant vers le pourpre pour les plus vielles. Elles sont couvertes de poils urticants, comme tout le reste de la plante. Les feuilles sont pétiolées, et opposées-décussées. La tige de l'ortie est carrée, dressée et plutôt robuste (elle n'est pas facile à couper). Vous remarquerez sans doute que l'ortie possède quelques caractères commun avec la famille des lamiacées et peut être confondue notamment avec les espèces du genre des lamiers (par exemple le lamier blanc - Lamium album qui pousse très souvent à ses côtés). Un bon moyen de reconnaitre l'ortie du lamier blanc qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau, sans avoir à plonger la main dedans pour vérifier les propriétés urticantes (ouille) est d'observer l'insertion des feuilles sur la tige. Regardez de plus près, vous observerez 4 petites "languettes" que l'on appelle stipules. Les lamier n'en possèdent pas ! Mais si vous vous trompez, la confusion n'est pas bien grave car les deux sont comestibles (ouf).

Illustration botanique de l'ortie - Urtica dioïca
Masclef, A., Atlas des plantes de France (1890-1893)

Botanecdote : Les poils urticants de l'ortie lui permettent de se protéger contre l'herbivorie. C'est aussi un bon moyen de la reconnaître car aucune autre plante n'est urticante en dehors de son genre !

La floraison de l'ortie a lieu de juin à octobre. Les fleurs sont petites, à 4 tépales de couleur verte ou jaunâtre, regroupées sur des grappes. Les fleurs n'ont pas besoin d'être très visibles car la pollinisation est anémophile, c'est à dire que l'ortie ne compte pas sur les animaux ou les insectes pour disséminer son pollen mais sur le vent ! Elle mise donc sur des fleurs petites mais nombreuses et un pollen léger.


Botanecdote : Nul besoin de milles couleurs et artifices pour attirer les insectes, l'ortie mise sur le vent pour disséminer son pollen !

La grande ortie apprécie les lieux riches en nitrates (nitrophiles) et humides (hydrophiles). Vous la trouverez dans les haies, les chemins, proche des habitations jusque dans les jardins, sur les décombres, dans les talus et accotements, les prairies, les friches, en bord de culture, sur les sols frais à humides riches en matières organiques... C'est une des plantes les plus commune de la région Centre Val de Loire ! De par ses préférences d'implantation, l'ortie est une plante bio-indicatrice. Sa présence indique un sol riche en azote et en minéraux, voir saturé ou pollué par ces mêmes éléments.


La seconde espèce d'ortie que vous pouvez rencontrer en France et qui ressemble beaucoup à la grande ortie (Urtica dioïca) est l'ortie brulante (Urtica urens). Elle est annuelle et plus petite que sa cousine ne dépassant pas les 60 cm. Ses feuilles sont vert clair au limbe aussi long que large. L'ortie brulante est monoïque c'est à dire que la plante porte sur le même pied des fleurs mâles et des fleurs femelles.

Ortie brulante - Urtica urens
Sturm, J., Krause, E.H.L., Lutz, K.G., Flora von Deutschland in Abbildungen nach der Natur, Zweite auflage (1900-1907)

Botanecdote : L'ortie est bio-indicatrice, elle s'implante sur des sols riches en azote, en fer et autres minéraux. Sa présence peut aussi indiquer une pollution des sols par ces éléments présents en trop grande quantité !

Récapitulons la description de l'ortie dioïque :

  • Écologie : sols riches et humides dans les haies, chemins, jardins, friches et décombres

  • Port : herbacée vivace dressée jusqu'à 2m à tige carrée, couverte de poils urticants

  • Feuille : opposée, décussée, stipulées, simple au limbe denté et lancéolé

  • Fleur : dioïque, grappe de fleurs femelles ou mâle, petites de couleur verte à jaunâtre, 4 tépales

  • Fruit : petit akène ovoïde

 

Qui s'y frotte s'y pique !

Mais au fait... Comment l'ortie est elle urticante ? De quoi sont fait ses multiples poils pour provoquer une telle réaction de brûlure et de démangeaison qui peut durer plusieurs jours ?

Les poils urticants sont en fait constitué de silice, un composant cassant comme du verre. Le poils se comporte comme une ampoule sous pression avec un liquide composé d'histamine, d'acétylcholine et de sérotonine, qui provoque une réaction inflammatoire au contact de la peau. Lorsque nous touchons une ortie, le poil urticant se plante dans la peau et se casse instantanément libérant le cocktail urticant !


 

Tout faire avec l'ortie !

Concernant ses usages, l'ortie est connue et utilisée par les humains depuis la préhistoire. Sa capacité à absorber les éléments minéraux du sol, que l'on retrouve dans sa composition en fait une alliée nutritionnelle et santé de choix ! En effet l'ortie est très riche en protéines végétales, bien plus que les lentilles, et en de nombreux minéraux notamment en fer (plus que les épinards). Il semble de plus qu'outre la présence de minéraux et oligo-éléments, ceux-ci sont très bien assimilés par le corps humain du fait de la présence de nombreuses vitamines et acides aminés. L'ortie contient en effet 7 fois plus de vitamine C que l'orange ! Elle est traditionnellement consommée et utilisée en médicinale pour lutter contre les anémies par ses propriétés reminéralisantes. Mesdames, si comme moi vous avez une tendance à être anémiée en fer, n'hésitez pas à consommer des orties ! Elle pourra vous aider à reconstituer vos réserves en fer.

Les jeunes feuilles et les fruits sont traditionnellement consommés. Peut-être avez vous déjà gouté la fameuse soupe d'ortie ? Les feuilles peuvent êtres consommées en tisanes, crue ou cuites en salade ou dans des quiches par exemples, cuisinées de la même manière que les épinards. Personnellement j'adore le goût de l'ortie ! Elle a une saveur très prononcée parfois allant presque à un goût de poisson quand les feuilles sont un peu vieilles. Dès que les jeunes pousses apparaissent au printemps dans mon jardin, je me fais une joie de les transformer en soupe !


Botanecdote : l'ortie est une ressource intéressante par sa richesse en protéines et en minéraux. Les protéines peuvent représenter jusqu'à 30% de son poids sec, c'est plus que les lentilles !

Concernant ses autres propriétés médicinales, les parties aériennes d'orties sont traditionnellement utilisées contre les rhumatismes et les rhinites allergiques grâce à son action anti-inflammatoire et antihistaminique. La racine est quant à elle utilisée en traitement de l'hypertrophie bénigne de la prostate chez les hommes, et de nombreux travaux de recherche ont confirmé son action pour soulager les symptômes de cette maladie ... Messieurs, l'ortie est votre plus fidèle alliée pour votre santé !

Grande ortie - Urtica dioïca
Grande ortie - Urtica dioïca

Botanecdote : l'ortie est toujours utilisée dans le monde pour soigner les rhumatismes, notamment en se frottant les articulations avec des plantes fraiches !

Outre ses utilisations en interne, l'ortie est aussi beaucoup utilisée en externe notamment pour le soin des cheveux par exemple. L'ortie favoriserai le repousse des cheveux cependant je n'ai trouvé aucune étude confirmant cet effet. Vous la trouverez néanmoins dans la composition de certain shampoing et autres lotions capillaires !


L'ortie fût aussi traditionnellement utilisée pour ses fibres et pour en faire de la corde, du fil ou du tissu. Aujourd'hui c'est une autre espèce d'ortie qui est la plus utilisée dans le textile, la Ramie ou Ortie de Chine (Boehmeria nivea) car elle produit des fibres plus longue et elle permets jusqu'à 6 coupes par an ; mais la grande ortie (Urtica dioïca) fut elle aussi utilisée en Europe jusque dans les années 40 pour confectionner des vêtements pour l'armée. Les fibres d'ortie sont résistantes et ont des propriétés insecticides, antibactériennes et fongicides intéressantes rendant le tissu plus résistant à l'humidité. Cependant le procédé de préparation des fibres n'ayant jamais pu être industrialisé à ce jour, la production reste très artisanale.


L'ortie est aussi une précieuse alliée de la culture et de l'élevage. Sa richesse en minéraux et oligaux-éléments n'est pas seulement intéressante pour une consommation humaine mais aussi animale ! Elle peut être ajoutée comme complément alimentaire pour le bétail et permet par exemple d'augmenter la production et la qualité du lait. Au potager et dans les grandes cultures, le purin d'ortie est une préparation permettant de contrôler ou d'éradiquer certains parasites de culture en pulvérisation, d'apporter des éléments minéraux dans le sol et de favoriser la croissance des végétaux en arrosage.


Et pour finir, d'un point de vue artistique, l'ortie peut aussi être utilisée en teinture. Selon le mordant utilisé, la couleur sera jaune (alun) ou verte (fer) !


Personnellement, je ne connais pas de plantes ayant autant d'usages différents que l'ortie. Cette plante commune que vous trouverez sur toute la France à proximité de chez vous peut vous nourrir, vous soigner, vous vêtir, vous aider au potager, nourrir et soigner vos animaux, et teindre vos tissus ! Alors regardons avec bienveillance cette plante souvent mal aimée, arrachée des jardins, pas très jolie mais qui possède une telle richesse intérieur...


Regarderez-vous d'un œil nouveau les orties que vous croiserez sur votre chemin ? Avez vous envie de goûter des préparations aux orties ? Si vous l'avez déjà fait, quelle est votre meilleur recette ?




 

Lexique

Alterne : feuille disposée alternativement à droite et à gauche de la tige

Anémie : baisse anormale du taux d'hémoglobine dans le sang.

Anémophile : Se dit des espèces végétales dont le pollen est transporté par le vent

Annuelle : Se dit des plantes qui germent, fleurissent, produisent des graines, puis meurent en l'espace d'une seule année.

Antibactérien : Substance active contre les bactéries.

Antihistaminique : Qui combat les effets de l'histamine.

Anti-inflammatoire : Qui combat l'inflammation.

Bio-indicatrice : une plante qui poussent spontanément et donnent des indications sur les propriétés du sol

Dioïque : Se dit d'une espèce dont les fleurs unisexuées mâles (à étamines) et femelles (à pistil) sont portées par des pieds différents.

Fongicide : Qui détruit les champignons parasites.

Grappe : Le mot grappe défini une inflorescence généralement terminale composée de fleurs qui sont disposées le long d'un axe principal.

Herbacée : Se dit d'une plante non ligneuse (dont la tige n'a pas la consistance du bois), le terme de plantes herbacées désignant pour sa part des plantes non ligneuses dont la partie aérienne meurt après la fructification.

Histamine : amine naturelle, est une cytokine, une molécule de signalisation du système immunitaire, de la peau, de l'estomac et du cerveau des vertébrés.

Hygrophile : Qui a une préférence pour les lieux humides.

Hypertrophie bégnine de la prostate (HBP) : adénome de la prostate, appelé également hypertrophie bénigne de la prostate ou hyperplasie bénigne de la prostate (HBP) correspond à l'augmentation de volume de la glande. C'est la tumeur bénigne la plus fréquente chez l'homme à partir de 50 ans.

Insecticide : Qui tue, détruit les insectes.

Lancéolée : En forme de fer de lance.

Limbe : partie plate de la feuille

Monoïque : Se dit d'une espèce dont les fleurs unisexuées mâles (à étamines) et femelles (à pistil) sont portées par le même pied.

Mordant : produits que l’on ajoute à la teinture, soit avant de teindre (prémordançage), pendant la teinture, ou après (postmordançage) pour assurer la solidité de la teinture.

Nitrophile : Se dit d'une plante qui pousse sur les sols les plus riches en nitrates.

Pétiole : Partie rétrécie de certaines feuilles unissant le limbe à la tige.

Purin : aussi appelé décoction, est un produit végétal fermenté. Concrètement c'est une macération de fleurs ou de feuilles dans de l'eau.

Reminéralisant : Restitution à l'organisme des constituants minéraux nécessaires à la vie des tissus

Rhinite : inflammation et un gonflement de la muqueuse du nez et se caractérise par un écoulement nasal et une congestion.

Rhumatisme : englobent plusieurs maladies douloureuses, aigües ou chroniques. Elles sont dues à des phénomènes soit inflammatoires soit dégénératifs des articulations.

Rhizome : Tige souterraine, qui porte des racines et des tiges aériennes.

Silice : forme naturelle du dioxyde de silicium (SiO2). La silice entre dans la composition de nombreux minéraux.

Stipule : Chacun des deux appendices insérés à la base du pétiole des feuilles dans certaines espèces.

Tépale : une pièce florale externe et interne du périanthe, dont on ne peut pas dire s'il s'agit d’un pétale ou d’un sépale, lorsque les deux ont la même apparence. L'ensemble des tépales d'une fleur est appelé périanthe.

Urticant : Dont la piqûre ou le contact produit une urtication.

Vivace : plante qui vit plus de deux années (opposé à plante annuelle).


 

Ressources et liens


Bertrand Bernard - Les secrets de l'ortie - Terran Editions 2015 (ISBN 9782359810097)

F. Couplan, E. Styner, - Plantes sauvages, comestibles et toxiques - Guide Delachaux, 2018 (ISBN 9782603020173)


CORDIER J., DUPRÉ R., BELLENFANT S. & GAUTIER S. 2021. — Atlas de la flore du Centre-Val de Loire. Muséum national d'Histoire naturelle, Paris (ISBN 9782366622812)


G. Debuigne, F. Couplan - Le petit Larousse des plantes qui guérissent, 500 plantes et leurs remèdes - Edition Larousse 2013, 2019 (ISBN 9782035968500)


Paul-Victor FOURNIER - Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France - Editions Omnibus 2010 (ISBN 9782258084346)


AIT HAJ SAID Amal, SBAI EL OTMANI Ibrahim, DERFOUFI Sanae et al., « Mise en valeur du potentiel nutritionnel et thérapeutique de l’ortie dioïque (Urtica dioïca L.) », Hegel, 2016/3 (N° 3), p. 280-292. DOI : 10.3917/heg.063.0280. URL : https://www.cairn.info/revue-hegel-2016-3-page-280.htm


Bonjean Alain, "Eloge de la Ramie", Blog les chroniques du végétal, 25 novembre 2019. URL : https://leschroniquesduvegetal.wordpress.com/2019/11/25/eloge-de-la-ramie/





Posts récents

Voir tout

Commentaires


bottom of page